Exception culturelle 1 : BD – Manga

Coucou,

Le prétexte de ce blog est le voyage au Japon, mais comme j’ai aussi envie de parler de divers sujets qui me tiennent à cœur, je me propose aujourd’hui une exception à la règle, exception dont le thème sera culturel. D’où le titre. (Et pour ceux qui ne le savent pas, l’exception culturelle est un concept à la base, en gros, d’une sorte de protection du marché culturel de la part des Etats, pour protéger et promouvoir leur propre culture et donc encourager la diversité culturelle mondiale. Ça a de bons côtés, d’autres moins bons, bref.)

Moi, j’aime beaucoup la bande dessinée, et pour une transition en douceur, je vais commencer par évoquer mes BD japonaises préférées. Des mangas donc. Je n’en suis pas un lecteur assidu, j’ai commencé assez tard (et surtout par curiosité, parce que j’en avais marre de ne pas savoir quoi répondre aux « hey t’es japonais, j’adore les mangas »), je ne connais pas vraiment de perles cachées, de one-shots atypiques ou autres pépites undeground, je ne peux donc parler que d’œuvres classiques, « mainstream ». Mais je ne vais quand même pas parler que de productions du Weekly Shônen Jump, le magazine de mangas pour ados le plus connu.

Un poster mixant les personnages de divers univers.

Un poster mixant les personnages de divers univers.

Alors avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais souligner deux défauts récurrents de ces œuvres : un manga vraiment bien tout le long, et terminé de belle manière (ou tout simplement terminé), c’est excessivement rare. Tout comme la fille et le héros s’embrassent forcément à la fin d’un blockbuster hollywoodien, l’irruption de la logique commerciale dans un manga est presque inévitable. On peut ainsi facilement trouver des exemples de mangas interrompus subitement sans que la fin ne soit satisfaisante, mais les exemples de mangas à succès prolongés jusqu’à épuisement de toutes les ficelles possibles sont encore plus frappants. Sachant qu’il est déjà difficile d’écrire une oeuvre de qualité constante, et encore plus d’y apporter une belle conclusion, on peut imaginer la récurrence de ces défauts dans les mangas. On développe donc assez rapidement une forme d’indulgence à leur égard, et les passages de qualité sont vraiment, vraiment prenants. Toute personne ayant binge-maté 150 épisodes d’un anime en quelques nuits blanches me comprend.

L’un des points particulièrement attirants des mangas, pour moi, est que malgré une cible jeune, ils abordent souvent des problématiques assez profondes et adultes, quoique classiques. La distinction entre manga destiné aux adolescents et aux adultes se fait plutôt sur le degré d’explicitation du dessin ou des textes, que sur les thèmes et les situations. Ainsi, tout comme je pense qu’un film Toy Story est aussi génial pour un adulte que pour un enfant, les bons mangas sont, à mon avis, plus universels que la plupart de nos bandes dessinées. (C’est une généralité consciemment abusive, il existe bien sûr d’excellentes BD franco-belges que l’on peut apprécier à tous les âges.)

Le processus qui dirige la conception et l’édition de ces œuvres, avec ses logiques commerciales sous-jacentes, peut être abordé par la lecture d’un bon manga, BakumanLe manga est centré sur deux auteurs, dont l’étroite relation avec leur éditeur guide la carrière. Le surmenage des auteurs est visible, et cela me ramène à l’un des deux défauts évoqués : la fin bâclée, ou tout simplement l’absence de fin, de certains mangas. Il est difficile de savoir si l’auteur n’est plus passionné, s’il est sur d’autres projets, ou si les « problèmes de santé » parfois évoqués ne sont pas le résultat d’un craquage total sous la pression… (oui, auteurs de Nana ou Berserk, je pense à vous). Donc, on peut le dire, tout n’est pas rose.

Mais assez de blabla, voici trois mangas, de qualité et achevés, que je conseille vraiment à tous, connaisseurs ou profanes.

Fullmetal Alchemist

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Je commence avec le seul manga que je connaisse dont je puisse dire avec une absolue certitude qu’il évite totalement les deux défauts dont j’ai parlé plus haut. Il est vraiment excellent du début à la fin, et ne donne à aucun moment le sentiment d’avoir traîné en longueur pour exploiter son succès. L’histoire, géniale, a un début, une fin, et un déroulement parfaitement équilibrés. Et la fin est bien.

Selon les classifications classiques, il appartient à la catégorie shônen, c’est à dire manga pour jeunes adolescents masculins. Dans un univers fictionnel à une époque correspondant grosso modo à notre révolution industrielle, les frères Elric, alchimistes (une espèce de magie scientifique), passent par bien des… tribulations pour tenter d’accomplir une quête personnelle dont les implications deviennent de plus en plus globales. Aventure, sentiments, émotion, humour, action, tout est au programme, c’est vraiment bien dosé, bien dessiné et, je le répète, c’est bon du début à la fin. Et c’est écrit par une femme, ce qui est, me semble-t-il, rare pour un shônen.

20th Century Boys

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Je vais maintenant parler d’un manga que je considère, tout simplement, comme le meilleur que j’aie pu lire. Je ne suis pas totalement fan du dessin, et il échappe moins que Fullmetal aux deux défauts récurrents, et pourtant… Je ne sais pas, pour moi c’est quand même le meilleur. Quand on a lu quelques très bons mangas, dans toutes les catégories, il devient difficile d’établir un classement vraiment précis au sommet. Mais quand je dois absolument désigner le top, le number one, le best of the best… j’en reviens toujours à celui-ci. Comme je le disais, il a des défauts, la fin s’éternise un peu (il faut acheter la suite, 21st Century Boys, pour connaître le fin mot de l’histoire), et je ne l’ai pas découvert avec l’émerveillement des premiers mangas… mais tous doivent s’incliner devant la qualité de cette œuvre du génial Naoki Urasawa (également auteur du très applaudi Monster). Tout est dans l’histoire, l’ambiance, l’agencement des flashbacks… c’est tout simplement un top manga cool bon. Il faut dire que l’histoire est aussi rendue plus crédible par son appartenance à la catégorie seinen (jeunes adultes).

En gros, l’histoire est celle d’un groupe d’amis d’enfance qui vivent maintenant leurs vies, s’étant plus ou moins perdus de vue. Mais l’un d’eux s’aperçoit qu’une secte en pleine expansion dans la société japonaise, menée par un personnage à l’identité dissimulée, est en train de réaliser un à un les événements d’une aventure de science-fiction apocalyptique qu’ils inventaient lors de leurs jeux d’enfants. S’ensuit alors une quête de plusieurs années pour démasquer le mystérieux leader et contrecarrer ses plans et son expansion tentaculaire.

L’histoire est ultra-prenante, la tension permanente, et la recherche d’indices dans les vagues souvenirs du héros et de la bande d’amis d’enfance, souvent sous la forme de flashbacks venant peu à peu éclairer la quête, rendent le tout vraiment fascinant. Une lecture que je conseille donc à tous, surtout si vous avez envie de découvrir les mangas autrement qu’avec un shônen basique qui tache. Avertissement : vous ne pourrez pas vous arrêter avant d’avoir fini.

Eyeshield 21

Faded-Colour

Bon, alors là, d’accord, c’est encore plus subjectif, comme avis, parce que c’est un manga, shônen, qui parle de football américain. Or, je considère le football américain comme le sport le plus génial du monde. Si vous voulez, j’en parlerai plus longuement ailleurs. Oui, vous le voulez, hein ? Vous me remercierez quand vous aurez compris à quel point ce sport est fantastique.

Mais le sport sert seulement de support, idéal, à tous les ingrédients d’un bon shônen : une aventure initiatique au cours de laquelle le héros loser des débuts développe des compétences de plus en plus puissantes afin de triompher des obstacles. Une aventure guidée par des valeurs de dépassement de soi et de camaraderie, avec émotion, amour et humour dans le tas. Et c’est très bien dessiné par Yusuke Murata (si vous voulez voir ce dessinateur se faire vraiment plaisir, vous pouvez aussi lire One-Punch Man). Vraiment, tout y est. Ca s’éternise un peu à la fin (grand classique), mais ça finit, et c’est assez bien bouclé. Et je précise que c’est évidemment tout à fait accessible aux personnes ne connaissant rien au football américain (ce qui est le cas du héros et de la plupart des personnages au début de l’histoire).

Voilà voilà, il y a encore plein de mangas super chouettes, mais ceux-là, pour moi, se détachent nettement du lot, principalement par la constance de leur qualité. Comme je le disais en début d’article, la plupart des mangas parviennent à avoir des moments cool pour des personnages auxquels on s’identifie, mais réussir à nous faire pleinement adhérer à l’ensemble pendant 30 volumes, c’est une autre histoire. Et ceux-là, à mon avis, y parviennent avec brio.

Pour les lire, vous pouvez très facilement les trouver en ligne, ce qui est évidemment illégal.

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2 réflexions sur “Exception culturelle 1 : BD – Manga

  1. Histoire de faire un microlink avec le Japon : les librairies « Book-off » chez les nippons qui proposent des bouquins et donc des mangas d’occasions. On peut même y trouver l’ensemble des volumes d’une histoire en full kana (destinés aux gosses). Quand on veut découvrir une histoire tout en apprenant le japonais et en restant DANS LA LEGALITÉ, c’est un passage obligatoire.

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