Ce cher métro

Ce n’est pas mon premier voyage au Japon, mais c’est la première fois que j’y resterai si longtemps, presque un an. L’installation, les démarches administratives, tout ça a été épuisant, mais bouclé rapidement, et j’ai enfin le temps d’écrire un peu.

Ce n’est qu’une fois sorti du contexte touristique que l’on peut toucher du doigt la véritable vie d’un pays, et tenter des comparaisons avec notre vie en France (parisienne en ce qui me concerne). Ainsi, des clichés peuvent se voir confirmés tandis que d’autres s’effacent au profit d’aspects plus méconnus. La serviabilité des Japonais et les avantages pratiques de la vie au Japon sautent rapidement aux yeux. Mais plutôt que d’évoquer ces points souvent traités, de rentrer dans des analyses sociologiques ou économiques, j’aimerais évoquer une chose toute bête qui pourrait presque me donner le mal du pays : le métro.

Ok, ok, j’exagère. Mais, blague à part, je le regrette vraiment. Oui, notre métro embaumant la tourbière du sous-sol francilien, en retard voire en grève, empli d’irascibles en sueur et de ces abominables personnages qui s’arrêtent sur la gauche de l’escalator, qui fait pleurer votre porte-monnaie chaque mois pour peu que vous n’ayez plus droit à la carte ImagineR.

Eh ben vous savez quoi, le métro de Tokyo est beaucoup mieux. Il est parfait, même ! Ponctuel, propre, rapide, climatisé (un peu trop), et quand on vient de Paris comme moi, les rares incivilités des usagers sont risibles.
Le maillage est très dense et pratique, bien indiqué avec un affichage électronique en anglais. Certes, c’est parfois un peu difficile au début, avec les multiples compagnies privées qu’on est souvent obligé de prendre, en plus du métro de Tokyo « officiel » et de la célèbre ligne Yamanote qui est aussi à part… mais les même tickets sont valables sur toutes les lignes, et après s’être perdu une ou deux fois, être parti dans le mauvais sens ou avoir pris un express qui ne s’arrête pas à notre destination, on s’y retrouve rapidement.
Et c’est amusant, d’ailleurs, de se dire qu’en plein cœur de Tokyo, environné de japonais vaquant à leurs occupations, on est finalement aussi peu dépaysé qu’un Parisien suivant le flux des travailleurs à la Défense.

Sauf qu’il y a un problème. Non, je ne parle pas des gens qui reniflent atrocement pendant tout le trajet parce qu’il est malpoli de se moucher en public.
Au risque d’enfoncer une porte ouverte, je voudrais juste souligner que toutes les qualités de ce métro ont, tout simplement, un coût élevé.

Quand on passe quelques jours à Tokyo, on peut rentabiliser un ticket à la journée, on a éventuellement le « Japan Rail Pass » qui permet de prendre la ligne Yamanote, bref, ce n’est qu’une goutte dans le budget.
Mais dès lors qu’on reste plus longtemps…

Le principe (plus d’infos ici) : on paye chaque trajet comptant en fonction de sa distance. Pas d’abonnement à la semaine ou au mois, pas de carnet de tickets à prix dégressif… Pour chaque trajet, on paye.
Le trajet minimum coûte 170 yens (à l’heure où j’écris, l’euro est particulièrement haut, les conversions sont donc très avantageuses, et ça donne quand même 1,25€).
Sur le trajet du retour à la maison, on veut descendre à une station intermédiaire, acheter un truc dans une boutique, puis remonter dans le métro ? Après l’achat, il faudra repayer minimum 170 yens.

Mettons que vous ayez un emploi qui vous paye le trajet domicile-boulot. Cool ! Mais vous rentrez chez vous le soir, vous voulez ressortir retrouver des amis plus tard à quelques stations de métro ? 170 yens. Puis le retour.

Prenons le cas d’une jeune Française habitant à Setagaya, un arrondissement du sud-ouest de Tokyo, qui prend des cours de japonais tous les jours dans une école située à Takadanobaba (station de la ligne Yamanote). De son domicile, elle doit prendre une ligne privée jusqu’à Shibuya (195 yens ou 1,45€). À Shibuya, elle prend la ligne Yamanote jusqu’à Takadanobaba (170 yens ou 1,25€). Total : 365 yens ou 2,70€. Aller-retour 5,40€ par jour, bref près de 120€ par mois. C’est à dire plus qu’un pass navigo 5 zones (113€). Et tous les autres trajets, la moindre sortie non planifiée pour s’intercaler parfaitement sans nécessiter un trajet de plus… c’est en bonus pour le porte-monnaie. Argh.

Notons que je ne parle pas des « commuters tickets » qui sont une forme d’abonnement que j’ai pas encore creusée, c’est difficile pour des non-japonais.

[Mise à jour : j’en parle ici.]

Alors oui, le métro parisien a plein de défauts, sent mauvais et n’est globalement pas très agréable. Mais il offre un service de qualité même en cas de grève (les retards excessifs restent rares) pour une somme finalement modeste. Profitez, amis de France !

(Mais n’hésitez pas à prendre le Velib’ quand même, c’est pas cher non plus et ça fait faire du sport.)

PS : et c’est pareil pour les trains. Le super Shinkansen jamais en retard, rapide et tout… le trajet Tokyo-Kyoto (3 heures), c’est 100€ minimum. J’en tirerai donc une perle de sagesse : dans la vie, on peut pas tricher, la qualité se paie.

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Une réflexion sur “Ce cher métro

  1. Pingback: Venir au Japon : comment/combien ? | Tribulations bridées

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